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Comment créer un lien privilégié avec son bébé prématuré ?

Environ 60 000 bébés prématurés (nés avant la 37ème semaine d’aménorrhée) voient le jour chaque année en France. Ils reçoivent aujourd’hui des soins médicaux de plus en plus performants, qui permettent à la plupart d’entre eux de survivre. En parallèle de ces soins, il est tout autant fondamental, pour le développement de ces bébés, que se nouent précocement des liens d’affection avec leurs parents. L’attachement réciproque parents-enfant doit donc être encouragé et établi dès que possible.

Des parents de plus en plus intégrés dans la prise en charge du nouveau-né

Parallèlement aux progrès thérapeutiques très importants réalisés ces dernières décennies, la philosophie des unités pédiatriques accueillant les grands prématurés (nés avant la 33ème semaine d’aménorrhée) a également évolué. Ainsi, avant les années 80, la prise en charge du nourrisson dans un service de néonatalogie le séparait totalement de ses parents. Aujourd’hui, cette situation a profondément changé et les parents sont devenus des acteurs à part entière du séjour à l’hôpital du prématuré.

« Parents prématurés »

Certains psychologues soulignent qu’avec cette naissance, le père et la mère sont eux aussi des parents « prématurés », c’est-à-dire des parents qui ont besoin d’un soutien particulier pour pouvoir faire face à cet événement difficile qui suscite des émotions contradictoires et envahissantes. Que la prématurité ait pu être anticipée en raison d’une pathologie maternelle, d’une grossesse multiple ou bien qu’elle ait été imprévisible, les familles ne sont jamais réellement préparées à cette expérience.

Emotions contrastées et difficultés rencontrées

Dans le lien que les parents vont tenter de construire avec leur bébé prématuré, il faut prendre en compte l’influence non négligeable des multiples sentiments qui peuvent les assaillir. On peut ainsi retrouver :

  • un sentiment d’isolement : il peut notamment être lié au silence des proches (qui ne savent pas comment réagir) et au fait que les parents sont dans la majorité des cas les seuls à être autorisés à pénétrer dans le service de néonatalogie (des exceptions peuvent être faites ponctuellement pour les grands-parents et les frères et sœurs) ;
  • une angoisse liée à une séparation transitoire : par exemple lorsque l’enfant est envoyé dans un établissement différent de celui où a eu lieu l’accouchement ;
  • la culpabilité d’avoir donné prématurément naissance à un bébé « si petit ».

Face à ces sentiments, les psychologues évoquent les différentes difficultés psychologiques auxquelles seront confrontés les parents d’enfants prématurés. Les parents, notamment les mères, peuvent ainsi avoir parfois à surmonter le regret de n’avoir pu donner naissance à un enfant « à terme ». Certaines d’entre elles pourront aussi éprouver des difficultés à « reconnaître » leur bébé prématuré comme le leur. Certains parents limitent même leur présence : une attitude dommageable pour l’enfant et le processus essentiel d’attachement parents-enfant.

Le rôle des pères

On soulignera ici que le rôle du père est immédiat : plus disponible que la mère les premiers jours après la naissance, il est le premier à affronter l’univers si particulier du service de néonatalogie et il est souvent appelé à rassurer la maman. Le soutien offert par les psychologues attachés au service de néonatalogie s’adresse d’ailleurs aussi bien aux mères qu’aux pères.

Faire équipe avec les soignants

Pour contribuer à faire disparaître rapidement le sentiment de culpabilité, pour limiter les attitudes d’évitement et afin de créer le plus tôt possible le « lien » entre l’enfant et ses parents, il est essentiel que ces derniers soient régulièrement présents dans le service où est traité l’enfant. Le contact avec l’équipe soignante est alors essentiel. Il permet en effet de comprendre l’utilité de chaque machine, le déroulement des soins et de bien délimiter le rôle de chacun :

  • celui des soignants, qui traitent l’enfant et accompagnent son développement physiologique,
  • et celui des parents qui l’entourent et accompagnent son développement émotionnel.

En effet, le lien naissant entre l’enfant et les parents ne doit pas être d’ordre exclusivement thérapeutique. Le dialogue avec les soignants permettra en outre d’éviter que naissent chez les parents un sentiment de jalousie à l’encontre de l’équipe médicale, qu’ils perçoivent parfois comme un obstacle entre eux et leur bébé.

L’organisation du service permettra plus ou moins bien aux parents de se sentir intégrés (possibilité ou non d’être présents même la nuit, assistance permanente ou non d’un psychologue…). Quelle que soit la situation, le personnel soignant a toujours à cœur de favoriser le lien entre les parents et leur bébé.

Néonatalogie : un service où prime la sécurité

Pour approcher de son bébé, un rituel doit être respecté. Les parents apprennent ainsi à :

  • enfiler une blouse stérile,
  • à mettre des chaussons en papier,
  • à se laver les mains et se brosser les ongles.

Des photos, des sons, des voix…

Selon le degré de prématurité de l’enfant et les pathologies dont il est atteint, le contact autorisé avec le nouveau-né sera différent. Cependant, un lien, quel qu’il soit, doit toujours être maintenu. Dans les cas où il est difficile de toucher son bébé, afin de se « l’approprier », on peut, avec l’accord de l’équipe médicale, tenter de « personnaliser » la couveuse, en apportant une unique peluche à poils ras ou une boite à musique. Il est également parfois autorisé d’afficher une photo ou un dessin auprès de la couveuse de l’enfant. En outre, dans certains services, les équipes prennent des photos de l’enfant qu’ils donnent aux parents, lorsque les visites de ces derniers sont limitées.

Etablir le contact avec l’enfant ne peut pas toujours passer par le toucher, mais le lien peut se créer en parlant à l’enfant et en le regardant (peu à peu les parents sont de moins en moins intimidés par la couveuse et les machines). Aussi est-il essentiel de rendre visite au bébé quand celui-ci est éveillé (juste après les soins). De même, la mère pourra éprouver le sentiment apaisant d’être utile à son enfant si elle peut tirer son lait pour le lui donner.

Peau à peau

Dans les cas de prématurité moins graves ou plusieurs semaines après la naissance, lorsque l’état de l’enfant est plus stable, les contacts peuvent et doivent se multiplier afin de pérenniser le lien parents-enfant. Les parents peuvent alors participer « aux soins de confort » : le bain, le change… En outre, si cela est possible, les mères sont encouragées à allaiter leur nourrisson. Dans cette perspective, de plus en plus de services proposent aux mères et aux pères de recourir à la technique du portage en kangourou, une technique qui favorise le contact « peau à peau » entre les parents et leur bébé et qui permet de renforcer significativement leurs liens physiques et émotionnels.

Encourager le lien entre les parents et leur bébé pendant l’hospitalisation permet également de préparer la sortie. Celle-ci est une étape cruciale pour la famille et représente pour les parents et l’enfant un nouveau départ. Toutefois, la sortie de l’hôpital peut être également la source de nouvelles inquiétudes et de la résurgence d’un fort sentiment d’abandon. On rappellera à cet égard que le soutien psychologique instauré pendant l’hospitalisation du nouveau-né peut être prolongé si nécessaire pendant les premières années de la vie de l’enfant.

 

Références : 
1-Magny J-F. Prématurité : pourquoi et comment préserver la relation maman/bébé ? Impact de l’hospitalisation sur le lien maman/bébé. Journal de pédiatrie et de puéricluture. 2009 ; 22 : 310-3.
2-Desinde M. "La place des parents dans le soin" en service de néonatologie-pédiatrie à Gap. Acte du colloque : Parents d’enfants hospitalisés : visiteurs ou partenaires ? 2004. Association Sparadrap.
3-La méthode "mère kangourou". Guide pratique. Genève, Organisation mondiale de la Santé, 2004.
4-Druon C. A l’écoute du bébé prématuré. 2005. Edition Champs Flammarion.  

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Mise à jour le : 21/10/2010